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  Disciples ou Adeptes : l’état d’hommes faits

par Eliane Colard

Extrait du livre : « Entrer dans le repos des oeuvres divines »

L’état d’homme fait ou la maturité spirituelle du chrétien.

Le verset d’Ephésiens 4/13 poursuit ainsi: «Nous deviendrons des adultes dont le développement atteindra à la stature parfaite du Christ».

Ainsi qu’il vient d’être dit, Dieu ne veut pas que nous restions des enfants mais plutôt que nous croissions jusqu’à devenir de ces hommes faits. Et si ce n’est pas le cas, cela voudra dire que le ministère de Christ ne s’est pas exercé dans sa plénitude pour nous. Cela voudra dire que nous sommes restés des chrétiens atrophiés. Croître à la stature parfaite de Christ, c’est donc avoir les moyens de devenir des hommes faits. C’est croître à tous égards en celui qui est le Chef: Christ, comme le dit Ephésiens 4. C’est pour cela que nous avons besoin de la manifestation au sein du Corps de Christ de tous les ministères et pas que celui de Pasteur.

Lorsque quelqu’un visite pour la première fois une communauté chrétienne où il ne semble pas y avoir un Pasteur attitré comme on voit habituellement partout, cette personne fait systématiquement la remarque suivante: «Mais qui est  le  pasteur ici?». Ce qui signifie dans notre langage évangélique habituel: «Mais qui est le leader ou le dirigeant?». Bizarrement on n’entend jamais «qui sont les anciens?». Certains seraient choqués de ne pas y trouver un «chef» visible qui se détache de par son charisme ou que sais-je d’autre. Certains diraient même ne pas être rassurés de prier avec des chrétiens qui n’ont pas un pasteur attitré car alors ils n’ont pas de «couverture». Et pourtant la Parole nous dit que c’est Christ le chef de l’Eglise c’est-à-dire sa couverture en tant que tête du Corps. Et une des questions que soulève ce genre d’interrogations est: «Pourquoi on ne se demanderait pas aussi où est l’apôtre ou l’évangéliste ou le docteur ou le prophète?».

Dans mon premier livre où Dieu m’appelait à dénoncer certaines pratiques dans l’Eglise sur la base d’Ezéchiel 34, j’ai amené des choses sur le rôle du berger, cela est juste et le demeure. Cependant, si le rôle du pasteur est essentiel pour le troupeau, il n’est pas plus central que celui des autres ministères. Mais dans ce premier livre, ce que Dieu m’amenait à dénoncer c’était la souffrance de son peuple du fait des «mauvais» bergers qui se paissent eux-mêmes au lieu de paître le troupeau. Mais paître le troupeau dans la nouvelle alliance a une autre signification que dans l’ancienne alliance où Dieu a conduit son peuple au travers d’un prophète, un juge ou encore un roi. Dans la nouvelle alliance, toutes les fois qu’il est question de paître le troupeau il est parlé des «anciens» qui répondent de cette responsabilité devant Dieu. Ceux-ci doivent être des modèles pour les plus jeunes (dans la foi) du  troupeau, jamais des leaders (au sens où nous avons fait évoluer le terme) établis à la tête de celui-ci. Cela pour une raison très simple qui est que leur rôle (au milieu du troupeau et non à la tête) consiste à conduire (lead en anglais) chaque brebis à vivre une dépendance vis-à-vis du Seigneur seul, en devenant mature pour entrer aussi dans le sacerdoce qui est l’appel de tous.

Dans la nouvelle alliance donc, le sacerdoce n’est pas réservé à une classe de prêtres établis définitivement sur le peuple, mais il est ouvert à toutes les brebis du Seigneur qui sont appelées à entrer aussi dans ce sacerdoce chacune pour sa part. Il n’y  a donc pas des leaders maîtres qui dirigent une classe de moutons suiveurs disciples appelés à le rester en consommant sagement ce qui est administré; mais il est prévu des modèles qui conduisent en les accompagnant, des brebis encore immatures à entrer dans leur appel à la sacrificature. Et dans ce cas le seul maître est Jésus-Christ, et les anciens «modèles» et les brebis même immatures dans la foi sont tous disciples du même maître. Les anciens accompagnent les brebis immatures en développant leur caractère spirituel de façon à ce que celles-ci deviennent vite autonomes, ne dépendant que du Seigneur Jésus-Christ le bon Berger qui est et sera leur seule couverture.

Mais il y a peut-être besoin d’une redéfinition de certains termes couramment utilisés mais qui ne revêtent pas forcément la signification que l’on croit. Jean 10 est le passage où Jésus lui-même parle du berger, des brebis, des voleurs, brigands et aussi de la bergerie. La bergerie des brebis, c’est la maison des brebis pas le lieu de culte ou l’église-bâtiment comme nous l’appelons souvent. Mais d’une certaine façon il serait intéressant de considérer un instant la bergerie comme étant le lieu de culte: cela donnerait une lecture très instructive voire prophétique de ce passage de Jean 10 pour ce qui est des premiers versets. Le verset 3 dit que le berger des brebis se présente à la porte (donc de la bergerie), le portier lui ouvre, et les brebis entendent sa voix ; il appelle par leur nom les brebis qui lui appartiennent et il les conduit dehors. Considérer la bergerie comme le lieu de culte censé protéger les brebis de l’extérieur reviendrait à dire que Jésus appelle ses brebis en dehors des lieux de culte-bâtiment cloisonnés entre quatre murs où elles se trouvent, pour les mener «dehors». Ceci ne serait pas faux car c’est le cri de l’Esprit en ce moment: sortir de la structure ecclésiale babylonienne que nous avons hérité du catholicisme romain (bien que nous professions le salut par grâce [eux aussi le disent maintenant: les indulgences n’existent plus]) avec tous nos dogmes et nos hiérarchies de dominations religieuses parfois encore mieux verrouillés par les règles d’accès à l’exercice du ministère. Et avant de crier à l’hérésie, il faudrait peut être revenir à la signification du terme «Eglise». Car la véritable Ekklésia est celle qui sort dehors pour s’assembler à la suite du bon Berger. Alors si le Bon berger fait sortir ses brebis des structures ou enclos qui les ont longtemps sclérosées jusqu’à les empêcher d’entrer dans la maturité, que dirons-nous et que ferons-nous ?

Mais je ne veux pas bousculer ceux qui ne sont pas prêts à avoir de ce passage une telle lecture ; et pour cette raison je m’en tiendrai au fait que dans ce passage la bergerie peut symboliser tout simplement notre « vie propre » remplie de nous-mêmes avant d’être remplie par la personne de Jésus-Christ. Et dans cette optique, le portier c’est peut être nous et lorsque nous ouvrons à Jésus il nous mène dehors : il nous fait sortir non seulement de l’Egypte (notre passé de servitude) mais aussi de notre plus grand ennemi qui est nous-mêmes, notre moi et ses schémas. Les larrons et les brigands sont ceux qui forcent la porte de notre vie pour nous obliger à ouvrir afin qu’ils entrent et s’installent dans notre maison ; et alors ils la volent et la pillent.

Malheureusement parfois ces larrons ou brigands se présentent en vêtement de bergers et nous les laissons pénétrer sans y prendre garde et ils finissent par nous piller pour se confectionner des vêtements de brebis qu’ils n’avaient pas auparavant : c’est parfois la brebis qui fait le berger comme c’est le mouton qui fait le mercenaire.

Dans la nouvelle alliance, Dieu a prévu des bergers pour paître le troupeau de façon à ce que chaque brebis devienne mature devant sa face. Un berger qui s’occupe bien des brebis, veillera à ce qu’elles se nourrissent bien et qu’elles boivent une bonne eau. Mais celui qui les fait rester au chaud dans la bergerie et en restant des brebis tout le temps allaitées de la même façon, n’est pas un véritable berger car le vrai berger doit faire changer de stature à ses brebis. En fait, très vite les brebis qui viennent de naître commencent par être allaitées, puis elles doivent passer au stade où elles sortent elles mêmes dehors pour aller paître une nourriture qui leur donnera de la force pour résister aux différentes attaques qui surviennent dans le troupeau et aussi par rapport aux agressions extérieures. Après cela, elles passent à un autre stade où elles doivent être capables d’enfanter elles même d’autres brebis qui vont devenir adultes : c’est le processus de croissance « enfants », « jeunes gens », « pères » dont parle l’apôtre Jean dans son épître : 1 Jean 2. Le rôle du berger n’est pas d’allaiter lui-même les brebis : aux tout-petits il donnera le biberon lorsqu’elles ne tèteront pas la mère ; mais très vite pour les faire paître il les mènera dehors vers l’herbe et l’eau. Les meilleurs pâturages ainsi que les meilleurs point d’eau se trouvent dans les alpages sur les hauteurs (j’avais développé ce point dans le livre « De la désolation à la restauration »), jamais dans la plaine ni dans le nid douillet de la bergerie. Jésus mène les brebis dehors car c’est là que ça se passe. Bien sûr dehors il y a le loup et multiples dangers, mais c’est là que l’on voit l’utilité des gardiens du troupeau qui sont donnés non pour dorloter les brebis à l’intérieur de la bergerie, mais justement pour les conduire lorsqu’elles sont dehors (pas dedans). Et pour cela ils ont deux instruments « la houlette et le bâton » (ce point est aussi développé dans le 1° livre). Un bon berger en est un qui utilisera sans problème ces deux instruments dans la conduite équilibrée de l’Esprit.

Un bon berger en est un qui restera là lorsque les brebis seront en danger : il ne s’en va pas dès que cela ne tourne pas comme il l’espérait (sinon c’est un mercenaire). Et pourtant bien des pasteurs préfèrent quitter le troupeau sur lequel ils disent avoir été établis par Dieu, plutôt que d’avoir à se remettre en question pour devenir de vrais modèles pour le troupeau. Ceci n’est pas pure conjecture de ma part, mais une vraie réalité de ces temps d’apostasie qui sont déjà là, où des bergers préfèrent régner sur des moutons qui ne les remettent jamais en question, passant ainsi souvent à côté d’une pédagogie merveilleuse et si salutaire du divin Berger dans ces temps cruciaux pour l’Eglise. Entêtés qu’ils sont à préserver leur leadership, ils ne savent pas reconnaître la main du Seigneur qui cherche à redresser ce qui est devenu tordu en eux au fil du temps. Alors, ils s’en vont parfois défricher un autre champ qui sera rempli de moutons conciliants. D’autres fois il arrive même que ce soit ces moutons qui se saisissent de ces bergers en leur disant : « Viens, sois notre berger et nous te pourvoirons en laine et en lait »,  tout comme dans cette histoire relatée dans le livre des Juges où Mica s’est saisi d’un jeune Lévite à la recherche d’une demeure convenable, pour le faire prêtre sur sa maison : Juges 17/ 9- 10 : « Mica lui dit : D’où viens-tu ? Il lui répondit : je suis Lévite.. et je voyage pour chercher une demeure qui me convienne. Mica lui dit Reste avec moi ; tu me serviras de père et de prêtre, et je te donnerai dix sicles d’argent par année, les vêtements dont tu auras besoin, et ton entretient ». Malheureusement, les brebis qui recueillent ces bergers (qui n’auront pas laissé le divin Berger aller au bout de son travail dans leur cœur) entrent forcément ce faisant, dans un fonctionnement idolâtre où la puissance à l’œuvre dans le ministère dont ils bénéficient n’est pas forcément toujours celle de Dieu même si elle en a les apparences. Ainsi, dans le cas de Mica celui-ci a pu dire l’air apparemment satisfait (Verset 13) : « Maintenant je sais que l’Eternel me fera du bien, puisque j’ai ce Lévite pour prêtre », alors qu’il était manifeste que ce Lévite allait faire le service avec les Théraphim (images taillées) qu’il lui avait procurés; or ceci était un culte idolâtre en Israël, c’est-à-dire une abomination aux yeux de Dieu. Nous devons bien comprendre le message fort du Seigneur au travers de cela : ce n’est pas le titre qui investit le ministère d’une puissance qui vient de Dieu mais uniquement la soumission du cœur à l’Esprit du Seigneur. Ne pas saisir cela peut avoir des conséquences dramatiques sur la santé spirituelle d’un troupeau et du berger lui-même.

C’est terrible lorsque Dieu est obligé de frapper un berger pour le discipliner ; car forcément il se produit dans un premier temps que les brebis se dispersent conformément à ce qui est dit en Zacharie 13/ 7 : « Epée, lève-toi sur mon berger…Dit l’Eternel des armées. Frappe le berger et que les brebis se dispersent ». Mais le contexte de ce jugement divin est assez souvent celui décrit auparavant en Zacharie 11/ 15 à 17 : ce jugement est précédé d’un avertissement à peine perceptible sur la perte du manteau de Dieu (le bras qui se dessèche) et la perte du discernement que donne son Esprit (l’œil droit qui s’éteint) : ce point est aussi développé dans le livre sur les mauvais bergers. Les signes avant-coureurs du jugement divin sont toujours visibles pour peu qu’on soit attentif.

Pour en revenir à mon propos initial, on n’est pas berger que lorsque tout va bien ou uniquement quand l’assemblée est comble ou composée de brebis faciles et tout propre. Ces dernières années il n’est pas rare de voir certains qui se disent « pasteurs » abandonner ceux qu’ils considéraient comme des brebis dont ils étaient responsables devant Dieu. Parfois tout simplement parce que les conditions de pâture devenaient plus difficiles que prévu : brebis difficiles ou rebelles, conflits entre gardiens etc. D’autres fois parce que le nombre des brebis en était réduit à une peau de chagrin, ou d’autres fois encore au prétexte que Dieu les appelait ailleurs.. Il est parfois difficile à certains d’avouer qu’une petite assemblée pourvoira moins bien à leur confort ou à leur ego de «leader» qu’une méga Church. D’autres qui disent avoir le ministère de berger vont souhaiter choisir le type de brebis qu’ils veulent paître et le type de prairie où s’établir : de préférence des brebis propres et saines dès la naissance, nécessitant peu de soins et pour ce qui est de la prairie d’implantation, si possible une zone abondante et luxuriante attirant naturellement les brebis grasses ou pouvant rapporter beaucoup de lait et de laine.

Il est important de bien saisir ce que j’amène ici afin de ne pas en déformer le sens car il est bien entendu que le ministère de pasteur n’est pas forcément une charge à vie : c’est Dieu qui fait de ces personnes des dons pour l’église et il arrive aussi que cela soit pour un temps. Il peut ainsi appeler  à un moment les uns ou les autres à un autre service ou à défricher un champ nouveau ; mais alors, cela se fait dans l’ordre et proprement, et par-dessus tout procure la paix : pas celle selon le monde mais la paix de Dieu qui véhicule l’ordre céleste.

Le vrai berger n’aura pas peur des confrontations qui ne le rendront pas populaire : il sait qu’il n’a à plaire qu’à Dieu. Il sait que si ce sont les hommes qui l’ont mis en place, les hommes auront aussi le pouvoir de le destituer, mais si c’est Dieu qui l’a mis en place, seul Lui aura ce pouvoir, et gare à ce berger si Dieu le fait ; car dans ce cas il aura beau essayer de repartir à zéro dans un autre pâturage, tant qu’il ne laissera pas le divin berger accomplir son travail d’ajustement rectificatif dans son cœur il encourra tôt ou tard dans son nouveau pâturage le même jugement de Dieu sur son ministère.

On pourrait aussi se poser des questions au sujet de la légitimité spirituelle du vote pour établir des ministères (Pasteurs) au milieu du peuple de Dieu. Ne serait-ce pas un système inique et charnel qui viendrait suppléer au fait que nous ne nous attendons plus à un renouvellement de notre intelligence par l’Esprit pour la gestion des affaires de l’assemblée de Dieu ? Car si tel est le cas, le plus judicieux serait en effet de s’inspirer de ce modèle démocratique issu de l’esprit du monde.

Le berger selon le cœur de Dieu n’est pas une fonction mais un « ministère ». Dans la plupart des assemblées, au-delà du titre officiel (ce que nous en avons fait), ce sont bien souvent des femmes qui paissent avec un caractère de berger et cela dès le jeune âge physique ou spirituel des brebis. Souvent ce seront elles qui au départ et parfois même après assureront la formation et le développement du caractère spirituel ; ces deux choses sont véhiculées non seulement par l’enseignement mais aussi par le vécu pratique dans un contact constant de prières, de soutien, d’encouragement, d’exhortation ou de correction (faire paître c’est tout cela et pas simplement apporter un enseignement si théologiquement bien construit  soit-il).

Le berger ou la bergère selon le cœur de Dieu a un caractère de père ou de mère qui va se reproduire en engendrant des fils et des filles, et se retirera dès que ceux-ci seront arrivés à maturité. Le père engendre  dans le sens où il entre dans un processus de création du Père. L’aboutissement du processus du travail du Saint Esprit en nous est de faire de nous des hommes faits : des pères et mères qui à leur tour vont libérer la vie et la multiplication ; pas remplir la salle de culte, mais amener les nouveaux nés à la croissance et la maturité de pères et mères, et c’est cela qui mesure la réussite des ministères donnés à l’Eglise : le fait que les poissons pêchés dans la grande mer des nations deviennent des brebis matures capables de prendre toutes seules la direction des alpages où se trouvent les meilleurs pâturages et les eaux les plus désaltérantes.

L’objectif d’un homme fait c’est de courir vers le but pour tâcher d’obtenir le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ (Philippiens 3/ 14- 15). La volonté du divin Berger est que les brebis deviennent matures en croissant jusqu’à la stature parfaite de Christ : c’est ce qu’on appelle des hommes faits qui ne seront pas emportés à tous vents de doctrine. C’est pour cela que Dieu a donné des ministères à son église, pour que à eux tous ils communiquent tout le ministère de Christ et fassent croître le Corps parvenu à l’unité de la foi, dans toute la plénitude de Dieu contenue en Christ qui est le Chef de l’église. En ce sens, tous les cinq ministères donnés à l’église sont des bergers car chargés par le Seigneur de conduire de façon complémentaire son peuple vers la pâture (les alpages) qui se trouve en Lui et uniquement en Lui. Autrement dit, le troupeau qui n’est mené vers cette pâture qu’au travers du ministère de Pasteur est en carence, comme le serait toute assemblée conduite par un seul des cinq ministères.

J’avais entendu quelque part l’histoire suivante  que le Seigneur s’est chargé d’étayer plus amplement à mon esprit : si une assemblée était conduite uniquement par un pasteur avec pour objectif de gravir une montagne en un temps donné, il y aurait une grande probabilité qu’une bonne partie du troupeau soit sauve malgré les dangers du chemin,  mais peu de chance que le troupeau parvienne dans le temps imparti à gravir la montagne ; et il est même probable que le troupeau ne reste en fin de compte que dans la plaine sans parvenir à bouger ou avancer d’un seul pas, car le pasteur serait sans cesse focalisé sur la mission de soigner ou corriger l’un ou l’autre ; ses yeux ne voient pas plus loin que la plaine immédiate où se trouvent les brebis. Si cette mission était confiée à un apôtre, il y aurait beaucoup de chance que tout le troupeau reste « ensemble » en avançant au même pas ; mais de même, peu de chance qu’il arrive au sommet de la montagne dans le temps imparti car le souci de l’apôtre est la coordination de la marche du troupeau dans son ensemble avant toute autre chose. Si cette tâche était confiée à un prophète, la montagne serait franchie en un temps record mais au final il n’y aurait que deux ou trois brebis à avoir survécu au rythme de la marche, car le prophète est l’œil qui voit loin et il est pressé par la vision qu’il porte en son sein qui est la vision de la montagne : ces sommets d’alpages qui recèlent le trésor « délice » des brebis ; c’est la vision des choses célestes dans lesquelles il est pressé de voir le peuple de Dieu entrer pour prendre enfin possession de son héritage ; c’est là que se trouve l’essentiel : le trésor tenu en réserve . Sa mission est de rappeler sans cesse au troupeau qu’il est engagé dans une marche (une course) dont l’objectif est de gravir la montagne car le troupeau a tendance à l’oublier et à s’installer dans la plaine et il oublie que s’il reste trop longtemps dans la plaine il périra. Voilà pourquoi il est important que le prophète soit à côté du pasteur et de l’apôtre ; mais aussi il a besoin de ces deux là afin de ne pas oublier que pour bien avancer il faut être en bonne santé et que la volonté du Seigneur est qu’un maximum parvienne à toucher le but qui est la montagne. L’histoire ne s’arrête pas là car elle parle aussi de ce  qui se passe lorsque la tâche est confiée uniquement à un évangéliste : c’est là une catastrophe car la notion de brebis ne figure pas dans son vocabulaire. Lui il ne connaît que les poissons ; ses pieds sont sans cesse en mouvement piaffant d’impatience pour aller en pêcher d’autres afin qu’ils deviennent des brebis ; mais dès qu’elles sont engendrées ou souvent avant même, il les abandonne pour repartir. Pour que son travail ne soit pas vain, il faut qu’il les abandonne à d’autres qui vont veiller à ce que ces poissons soient réellement transformés en brebis car des poissons qui ne deviennent jamais des brebis, sont destinés à la fin de temps à être rejetés dans la grande mer (jetés dans les ténèbres du dehors : Matthieu 22/ 13 (parabole des noces) : « Alors le roi dit aux serviteurs : liez lui les pieds et les mains et jetez-le dans les ténèbres du Dehors où il y aura des pleurs et des grincements de dents ») ou bien sont condamnés à devoir pousser des cris de détresse (les grincements de dents) parce que coincés à la porte des poissons (Sophonie 1/ 10 : En ce jour-là il y aura des cris à la porte des poissons.. »), sans jamais pouvoir atteindre la porte des brebis ; tout cela parce qu’ils n’auront pas été trouvés correctement vêtus (Matthieu 22/ 11 : « Le roi entra pour voir ceux qui étaient à table, et il aperçu là un homme qui n’avait pas revêtu un habit de noces. Il lui dit mon ami comment es-tu entré ici sans avoir un habit de noces ? », et Sophonie 1/ 8 : « Au jour du sacrifice (ou festin) de l’Eternel, je châtierai les princes et les fils du roi, et tous ceux qui portent des vêtements étrangers ») ou parfois parce qu’on leur aura laissé croire qu’il suffisait de sauter par-dessus le seuil (Sophonie 1/ 9 : «  En ce jour là, je châtierai tous ceux qui passent par-dessus le seuil »), sans avoir besoin de passer par Celui qui se dit être la porte des brebis (Jean 10/ 7 ou 9 : «  Je suis la porte des brebis ; si quelqu’un entre par moi il sera sauvé »). Cependant, malgré tout,  il reste clair que les autres ministères ont besoin à leur côté de celui d’évangéliste car sans lui, pas de poissons et sans poissons pas de brebis car ce sont les poissons qui à terme font le troupeau de brebis ou qui justifient sa raison d’être ; ils sont ceux qui peuplent ces nations dont le Maître nous a commandé de faire des disciples, leur enseignant à observer tout ce qu’Il nous a prescrit  (ici il faut bien saisir que la mission d’évangéliser ou de témoigner n’incombe pas qu’à celui qui a un ministère d’évangéliste mais le ministère d’évangéliste imprime ou communique son caractère et sa dynamique à toute l’assemblée et cela est important car ainsi il se reproduit aussi). Mais il apparaît tout aussi clairement que les brebis engendrées ne peuvent jamais compter sur l’évangéliste pour croître car ni la plaine ni la montagne n’est son élément. Il ne se trouve bien qu’en allant pêcher de nouveaux poissons à la mer. Quant au docteur, son rôle est de veiller à la qualité et à la saveur de la nourriture en l’adaptant à la marche des brebis. Sans sa présence, les brebis pourraient ingérer de la nourriture empoisonnée ou inadaptée et donc ne jamais parvenir à la montagne pour la raison qu’elles auraient péri en route pour cause de malnutrition. Car il ne suffit pas de manger mais il faut manger correctement pour bien croître. Son souci n’est pas premièrement le fait d’arriver au but, ni le soin apporté individuellement aux brebis, ni même le fait que toutes puissent rester ensemble sans se disperser ; ce serait plutôt de veiller à ce que les brebis mangent la bonne nourriture pour ne pas périr. C’est pour cela qu’il a besoin d’avoir à ses côtés d’autres qui vont veiller aux aspects sur lesquels il n’est pas focalisé. Dans le Corps de Christ les docteurs se délectent de la perfection de la Parole ; ils y passent parfois tellement de temps que plus rien n’existe autour. Pour croître jusqu’à la stature « parfaite » de Christ, nous avons besoin de nourriture adaptée comme un enfant qui pour grandir au niveau de toute sa structure osseuse a besoin d’une nourriture adaptée et ne plus se satisfaire du lait. Mais nous devons aussi tendre à la perfection : tâcher d’obtenir le prix de la vocation céleste de Dieu en Jésus-Christ ; car il est vrai que notre vocation est non terrestre mais céleste et parfois nous avons tendance à l’oublier c’est pourquoi Dieu envoie des ministères pour rappeler régulièrement le but de la course à son peuple.

Le Refus de Maturité

Le système des églises tel qu’il est conçu actuellement engendre parfois des chrétiens qui ne veulent pas maturer parce que la maturité signifie aussi la responsabilité avec la prise de décisions qui engendrent des conséquences.

Or lorsque les conséquences ne sont pas bonnes, il est parfois pratique d’avoir un bouc émissaire sur qui reporter la responsabilité. Je me suis parfois et même souvent retrouvée face à des personnes pour qui cela avait un côté pratique de pouvoir se reposer sur les autres pour toutes les décisions importantes au niveau de leur vie spirituelle et la responsabilité qu’elles engendraient : de vrais C.S.A (chrétiens spirituellement assistés). « C’est normal  après tout c’est le rôle du pasteur de faire ceci et cela ! » : voilà ce qu’on entend parfois et même très souvent. Le pasteur est ainsi introduit à tous les niveaux de leur vie qui est construite autour du lui et de ce qu’il dit. On trouve comme cela des assemblées où tout le monde ressemble au pasteur au lieu de ressembler à Christ ; on pourrait y voir affiché le slogan : « comme le fait le pasteur ». Je me souviens d’une sœur qui se plaignait à moi il y a des années de cela du fait qu’elle avait besoin qu’on s’occupe d’elle, de ses petits bobos ; cela je pouvais à la limite le comprendre. Puis une fois alors qu’on traversait en assemblée une crise énorme où il semblait que des personnes allaient vraisemblablement partir parce que cela ne les intéressait pas d’entrer dans ce que le Seigneur semblait mettre devant nous, cette personne m’a dit qu’elle n’aimait pas cette situation car cela l’obligerait à devoir faire un choix elle-même de savoir qui suivre car elle aimait les personnes qui allaient partir. Et je lui ai répondu que le problème était mal posé ; car il était normal de continuer de s’aimer, mais que sa décision de partir ou rester devait être basée sur ce que le Seigneur mettait dans son cœur et non ce que les autres vivaient ou décidaient pour leur part car elle était appelée pour sa part à être une brebis et pas un mouton ; qu’elle ne pouvait dans sa marche faire l’économie de l’apprentissage de l’écoute de la voix du Berger pour elle-même (en fait je n’ai pas répondu à son attente : elle voulait que je lui dise quoi faire). Suite à cela j’aurais pu comprendre qu’elle fasse état de difficultés à être sûre de bien pouvoir entendre ou discerner cette voix et ne pas la confondre avec d’autres, mais quelle ne fut ma surprise devant la réaction qui fut la sienne.

Cette sœur m’a regardée en face et m’a dit la chose suivante : « Mais je veux être un mouton moi, pas une brebis ! J’ai besoin qu’on me dise quoi faire ! ». Puis un peu plus tard cette même personne avait mal supporté un partage  porté par un frère où il était question de la nécessité de devenir des chrétiens adultes et matures. Cependant la croissance fait partie du processus de la vie normale ;  nous ne pouvons être heureux en nous cantonnant dans le « complexe de Peter Pan » toute une vie. Il est triste de voir au milieu du peuple de Dieu tant de brebis qui se livreraient pour être ainsi des proies rêvées aux mains des loups ou mercenaires désirant dominer sur eux et se nourrissant de leur désir d’avoir un roi. Il me semble évident que si nous devions choisir entre devenir adultes et demeurer des enfants, une hésitation ne saurait être envisagée un seul instant. Mais bien loin de là, la réalité semble montrer que le choix n’est pas si évident pour tous car la maturité implique aussi le risque de la responsabilité. Cependant dans la vie civile, pour hériter nous devons avoir la capacité juridique qui sous entend la maturité de toute personne « majeure » selon la loi.

De même, concernant notre héritage spirituel, pour y entrer pleinement nous avons besoin d’entrer dans cette maturité spirituelle qui fait de nous des femmes et des hommes faits, majeurs et donc capables de posséder et de gérer notre patrimoine sans l’aide du tuteur qui nous aura accompagné jusqu’à cette majorité mature. La vision du Seigneur est qu’il y ait des « Anciens » qui veillent sur son peuple pour le conduire à cette maturité afin de développer en chaque brebis cette « ancienneté » qui fait les pères et les mères; mais elle est aussi que tous les ministères soient exercés afin que la plénitude de Christ descende sur son peuple de façon à ce que celui-ci enfin édifié puisse entrer dans l’œuvre du ministère.

Ephésiens 4/11 à 16

« Et il a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l’œuvre du ministère et de l’édification du corps de Christ, jusqu’à ce que nous soyons tous parvenus à l’unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l’état d’homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ, afin que nous ne soyons plus des enfants flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur ruse dans les moyens de séduction, mais que professant la vérité dans la charité, nous croissions à tous égards en celui qui est le Chef , Christ ».

C’est donc le Corps en son entier qui doit être impliqué dans l’œuvre du ministère et pas uniquement ceux que l’on appelle les « Ministères ». Ceux-ci n’ont pour rôle que de fournir au Corps ce qui est nécessaire à l’atteinte de cet objectif : ils perfectionnent les saints en vue de « l’œuvre du ministère ». Or que constate-t-on la plupart du temps? Une démission des membres du Corps par rapport à ce merveilleux appel adressé à tous. Mais ce constat est le résultat d’un malentendu provenant d’un mauvais enseignement ou du moins une mauvaise compréhension de la Parole. Car on a longtemps laissé croire que l’œuvre du ministère était réservée à quelques uns qui ayant reçu un appel spécifique, avaient suivi une formation particulière pour y entrer : une sorte de parcours d’initiés. En général ces initiés se retrouvaient dans l’un ou l’autre des cinq ministères décrits dans Ephésiens 4, comme si le Corps de Christ ne comptait que cinq membres en tout : nous savons qu’il n’en est rien. Et même, il est primordial de saisir que sans la présence du membre le plus invisible ou apparemment vil, le corps ne pourrait accomplir valablement cette œuvre du ministère. Car de même que le petit orteil qui ne fait parler de lui que lorsqu’il est écrasé a néanmoins pour rôle de servir au maintient de l’équilibre de tout le corps humain lorsqu’il se met debout, Dieu a prévu que chaque membre du Corps du Christ joue un rôle utile pour l’ensemble de son peuple quand bien même ce rôle ne serait pas visible ou semblerait insignifiant.

Il est bien évident que les saints sont perfectionnés non pour être orgueilleux mais pour parvenir à la stature parfaite de Christ. De même, le Corps est édifié non pour enfler et devenir obèse (c’est d’ailleurs pour éviter qu’il enfle que le texte dit que c’est par la charité qu’il s’édifie et non par la connaissance), mais en vue de l’œuvre du ministère qui matérialise la manifestation du royaume de Dieu par l’accomplissement des œuvres du Père au travers du Corps de Christ sur terre. C’est comme la construction d’une maison pour laquelle le maître d’ouvrage a embauché divers corps de métiers pour y travailler. Si tous étaient couvreurs, il n’y aurait ni portes ni fenêtres ni fondations  ni mur de soutient ; donc on ne voit pas trop bien à quoi servirait dans ce cas le travail des couvreurs. De même, dans les œuvres préparées d’avance, si nous considérons qu’elles participent à l’œuvre du ministère du Corps dans le monde, nous devons aussi accepter que chaque communauté ou fratrie spirituelle « édifiée selon Dieu dans l’Esprit », puisse y avoir une part différente qui complète le travail des autres en permettant une cohérence de l’ensemble.

La différence dans les œuvres préparées d’avance réside aussi dans la marche de chacun : individus ou communautés. Nous avons vu précédemment (paragraphe consacré à l’Héritage où  a été abordé le thème des œuvres individuelles préparées d’avance), comment à l’intérieur d’une même fratrie spirituelle, nous n’en sommes pas tous à marcher au même pas. Mais ce parallèle est aussi à établir au niveau des différentes fratries spirituelles ou assemblées au sein du peuple de Dieu où  nous ne sommes pas tous à marcher au même pas ni à devoir vivre les mêmes choses. Dieu ne nous ayant souvent pas placés (en tant que communauté de saints) au même endroit de l’ouvrage, nous n’avons pas toujours la même vision de l’œuvre à accomplir et c’est logique : le couvreur ne sera préoccupé que par le toit de la maison ; et qu’a-t-il a faire que le plâtrier vienne lui parler de ce qu’il voit de nécessaire à faire dans la maison au niveau des murs ? Ce n’est pas son affaire ! Et si celui-ci insiste à le débaucher de son poste pour l’emmener travailler au toit, il aura non seulement fait une œuvre vaine mais aura retardé tout le chantier. Lorsque des frères et sœurs comprennent cela, ils peuvent envisager de se séparer sans amertume sur la base d’Amos 3/ 3 « Deux hommes marchent-ils ensemble sans en être convenus ».

Il est cohérent qu’au niveau d’une même fratrie communautaire spirituelle, les frères et sœurs composant cette fratrie aient plus ou moins la même vision globale de l’œuvre à accomplir  en communauté suite à un appel spécifique du Seigneur à y entrer. Si nous sommes ensemble, il y a forcément une œuvre à accomplir « ensemble », une œuvre préparée d’avance. C’est pour cela que dans une même communauté, pour ces œuvres-là, il y a besoin de s’accorder pour avancer ensemble : avoir la même vision de ce que Dieu demande communautairement afin de pouvoir y entrer (Amos 3/ 3). L’église, assemblée de chrétiens qui serait juste là pour se faire du bien à jouir de la présence de Dieu n’est pas l’Eglise ; car si Dieu nous édifie c’est pour l’œuvre du ministère dans laquelle il nous appelle à entrer selon notre part.

Mais au niveau de ces œuvres communautaires préparées d’avance, nos œuvres sont-elles opposables aux autres communautés à qui Dieu demande peut-être autre chose ? C’est en réalité un véritable désastre spirituel que de vouloir que toutes les assemblées telles des clones accomplissent en même temps les mêmes œuvres. Et quelle carence cela constitue pour le royaume de Dieu! Et pourtant c’est la triste réalité en beaucoup d’endroits où des programmes savamment étudiés sont mis en place pour produire des résultats prévisibles en même temps. Ce qui est généralement visé au travers de ces programmes, c’est la croissance des églises, faire du chiffre et honorer les prévisions statistiques comme pour des entreprises. Sauf que dans ce cas la marchandise est constituée des « âmes d’hommes » comme il en est parlé en Apocalypse 18/ 13 à propos du commerce de Babylone la grande, mère des prostituées. De fait, ce système est Caïnique et contribue à la construction de la cité Babylonienne où les hommes cherchent obstinément à se faire un nom (s’établir une renommée sur la terre) en parlant le même langage etc. On pourrait se poser des questions sur l’origine de tels procédés dès lors qu’il apparaît comme une évidence que dans la Parole de Dieu, les assemblées de Rome, Corinthe, Ephèse, Thessalonique, Colosses, Philippes, et d’autres qui ne sont pas forcément mentionnées, avaient chacune une couleur particulière bien différente des autres. En réalité, les assemblées sont appelées à refléter la foi et la personnalité spirituelle de ceux qui les composent.

Ces assemblées n’avaient pas de programmes établis pour la croissance de l’église mais il était clair que c’était le St Esprit lui-même qui ajoutait à l’Ekklésia ceux qui avaient cru en Christ ;  ils n’y venaient pas pour se convertir, ils étaient ajoutés aux frères et sœurs en la foi parce qu’ils s’étaient convertis à Jésus-Christ. La présence de cette Ekklésia n’était pas matérialisée par des bâtiments ou temples mais par des maisons spirituelles faites de pierres vivantes et dont l’existence ne tenait pas à une dénomination à l’intérieur d’une fédération mais à Christ lui-même la pierre angulaire qui n’a jamais été divisée bien que plusieurs parties de son Corps puissent être séparées géographiquement.

Maintenant si vous ne faites pas partie d’une assemblée rattachée à une famille d’églises bien spécifique, vous êtes considérés comme en danger, quand ce n’est pas carrément comme ne faisant pas partie du Corps de Christ. Une sœur me parlait dernièrement de son assemblée qui va quitter le local loué depuis des années pour entrer dans plus de souplesse dans la façon de vivre l’Eglise ; elle me disait que certains chrétiens extérieurs à l’assemblée manifestaient une réelle  incompréhension face à cette démarche de foi qui va à l’encontre de ce qui se vit actuellement, et ils en venaient à tenir les propos suivants qui sont éloquents quant à notre méconnaissance profonde de ce qu’est réellement l’Eglise : « Mais si vous quittez ce local qu’allez-vous devenir ? Vous n’allez plus exister en tant qu’église ! ». Ces propos suscitent tout naturellement la question de savoir ce que représente « l’Eglise » pour nous. Son existence dépend-elle du lieu ou de la forme de rassemblement ? Si c’est le cas,  alors il y un réel problème et cela est dramatique !

Dans le plan du Seigneur pour son Corps, il n’était pas prévu que les gens « aillent à l’église » mais plutôt que l’église se réunisse ou se rassemble là où sont les gens. Or qu’entend t-on le plus souvent ? « Je vais à l’église ». Quel décalage avec la réalité de ce qu’est l’église ! Car cette phrase semblerait indiquer que l’église est un lieu fixe et figé. Mais si l’église est le Corps de Christ, il ne peut en être ainsi car un corps qui ne bouge pas s’asphyxie et s’ankylose : c’est le signe qu’il est handicapé et que ses membres sont morts ou en passe de l’être; et comment cela peut-il être possible alors que le sang de Christ est censé couler dans ce Corps pour communiquer Sa vie aux membres ? Loin d’être un lieu, dans le plan du Seigneur, l’Eglise est censé être un organisme vivant. Je suis persuadée que les premiers disciples du Seigneur n’en croiraient pas leurs yeux s’ils pouvaient voir la façon dont nous concevons et vivons l’Eglise aujourd’hui. Elle en est venue à dépendre de lieux, de formes, et d’une multitude de chefs et de sous-chefs. Là où il était reproché aux Corinthiens de se réclamer de l’un ou l’autre des apôtres, aujourd’hui le peuple de Dieu officialise et approuve la compartimentation du Corps de Christ en chasse gardée de  nombre de Paul et autres Apollos modernes prétendant eux-mêmes dépendre directement de Christ dans la pyramide.

Pour en revenir à mon propos, lorsque nous voulons produire les mêmes choses en même temps, nous entrons dans un système de méthodes à appliquer qui produit des résultats identiques. Et là, nous ne sommes plus dans le principe de vie sous tendu par le souffle de Dieu, mais plutôt dans un système de clonage qui produit une vie artificielle en dehors de tout modèle de création divine : c’est ici la marque de l’homme issue du système Caïnique des méthodes syllogistiques. Là nous retombons dans l’Eglise apostâtes de Babylone qui n’est pas le Corps de Christ mais une vulgaire copie issue du cœur de l’ennemi.

Avec ces méthodes pour produire les mêmes résultats (régulièrement contrôlés par ceux qui les mettent en place), parce que nous faisons les mêmes choses dans les mêmes conditions, on aboutit à des églises  ou assemblées uniformes qui parlent le même langage (celui de Babel) et sont engagées dans le même ouvrage (la construction de la grande tour abominable qui domine le monde et attire les regards par sa splendeur et son luxe) contribuant par leur labeur à faire fructifier l’abominable commerce : « le trafic des âmes d’hommes ».

Plusieurs de ces méthodes sont très en vogue actuellement et d’autres le seront encore plus tard. Dès que quelque chose semble marcher quelque part, elle fait son apparition un peu partout comme une nouvelle mode : le « génie spirituel ou religieux » marche très fort en ce moment outre-Manche et outre-Atlantique et gagne la France peu à peu. Et ici en France, tout est bon à prendre pour voir ce qui peut sortir l’église de sa torpeur ou sa léthargie puisque le réveil est annoncé depuis longtemps déjà.

Il nous arrive tout le temps des nouveautés clé en mains censées fonctionner avec succès si nous nous conformons aux manuels joints. Ainsi en a-t-il été des cellules de maison, des G12, des méthodes américaines pour leaders qui veulent réussir « leur » ministère : Les méthodes pour faire croître les églises, Le « comment le fait tel ministère », ou encore « tel parcours pour découvrir l’essentiel de la Bible  en X jours», ou encore les fameux « cours Alpha ». Toutes ces méthodes sont des tentatives de bonne volonté pour sortir les chrétiens de leur apathie afin de faire fonctionner ou redémarrer une machine qui semble s’enliser. Et cela est le bon côté, car il faut le préciser, certaines de ces méthodes ne sont pas si inoffensives qu’elles paraissent, ne serait-ce que le fameux système des G12 qui peut par endroits ressembler à un engrenage de contrôle humain pouvant à la longue se révéler dangereux. Les témoignages de certains anciens pratiquants qui ont délaissé cette méthode sont sensiblement les mêmes. Et il n’est pas rare de trouver dans certains groupes du contrôle, de la manipulation ou encore de l’intimidation surtout au moment où certains cherchent à prendre du recul. Car bien évidemment les décisions de départ mettent en danger la pérennité de ce genre de système multi niveau à la « Amway » où celui qui y entre subit constamment la pression de devoir parrainer un nouveau pigeon à plumer ou plutôt en l’occurrence un nouveau mouton à tondre. Evidemment il existe aussi certainement des assemblées utilisant cette méthode qui ne vivent pas cela. Nous devons cependant saisir que l’ordre du Seigneur de faire de toutes les nations des disciples ne peut être que la conséquence de ce qu’Il fait couler en nous. En dehors de cela, ce n’est que « prosélytisme », voire du mercantilisme de mauvais goût mijoté à la sauce évangélique.

Avec toutes ces méthodes, l’Eglise semble être tombée bien bas. À quand la Méthode du « Comment le fait le Seigneur »? Ou encore le « Comment le voit le Seigneur » ? Si ces méthodes viennent de Dieu, pourquoi leur réussite dépend-elle plus de l’application stricte de la méthode en elle-même que de la providence de Dieu dont la grâce est infiniment variée ? Il est en effet surprenant de lire dans les manuels d’application de certaines de ces méthodes que leur réussite dépend de l’observation minutieuse de toutes les étapes, au point que s’il l’on omet une seule des procédures ou  étapes conseillées, cela peut compromettre la réussite du programme dans son entier. Ce qui m’étonne profondément c’est le fait que certaines de ces méthodes (comme les cours Alpha) soient appliquées dans des églises traditionnelles dont l’organisation et l’enseignement sont par endroits visiblement anti-bibliques (idolâtrie Mariale par exemple), sans que jamais ces méthodes ne viennent à amener les cœurs si profondément dans la Vérité que cette Vérité puisse les affranchir des mensonges et erreurs enseignés.

Loin de là, ces méthodes sont appliquées dans le but de ramener les gens dans le giron de ces églises historiques désertées par les fidèles. Ainsi il est dit parfois « méthodes pour  ramener les baptisés dans l’église» ou « les ré évangéliser ». Si seulement elles servaient à ramener les fils prodigues au cœur du Père !

Il est évident qu’à l’analyse, quelque chose ne joue pas dans certaines de ces méthodes pour contribuer à construire des disciples de Jésus édifiés « dans la vérité » au lieu de faire des prosélytes qui une fois gagnés vont courir la terre pour faire d’autres prosélytes. Car il s’agit bien dans la plupart des cas d’une chaîne multi niveau où des adeptes sont gagnés puis rapidement formés par le biais d’enseignements pour faire d’autres adeptes (G12) tout en ayant la garantie de gravir très vite ce faisant, des échelons dans la hiérarchie sans jamais que l’essentiel soit la formation du caractère de Jésus dans leur vie. Il est clair que cette formation du caractère ne peut jamais être uniquement le fait d’un enseignement donné dans le cadre de stages ou séminaires si bien menés soient-ils. Le plus dramatique est que tout ceci est fait sous prétexte de répondre au commandement de Jésus de faire de toutes les nations des disciples. Mais avec ces méthodes, les gens ne deviennent pas toujours les disciples de Jésus-Christ, mais souvent des adeptes d’une organisation. La méthode, et non pas Jésus-Christ, devient le point central autour duquel s’articule la vie du nouveau disciple. Pour s’en convaincre il n’y a qu’à voir la place occupée par « la méthode » dans le témoignage des nouveaux disciples, ils ne parlent pas souvent de la conviction de péché produite par le Saint-Esprit, mais plutôt de ce que la méthode a fait pour les rapprocher de Dieu.

On est là bien loin des conversions à Jésus-Christ selon ce qu’en dit la Parole de Dieu. Cependant il faut malgré tout préciser que cela n’empêche pas que des personnes gagnées par ces « méthodes » puissent devenir par la suite de véritables disciples de Jésus-Christ qui Le suivront fidèlement. Autrement dit, ce n’est pas parce qu’une méthode est mauvaise que Dieu n’est plus Dieu. Je crois que Sa parole prêchée ne retourne jamais à Lui sans avoir accompli ce pour quoi elle a été envoyée. Paul dit aux Philippiens (Philippiens 1/ 18) : « Qu’importe ? De toute manière que ce soit pour l’apparence, que ce soit sincèrement, Christ n’en est pas moins annoncé ». Cela indique clairement que Dieu ne saurait être arrêté par ces considérations tenant au cœur de celui qui parle de Lui ou à l’imperfection du support. Maintenant, le problème qui demeure (et il n’est pas des moindres) est celui de l’impact de telles méthodes dans certains cœurs et certaines âmes au passage même si en finalité on pourrait se réjouir que des âmes soient sauvées quand c’est le cas. Car au-delà de l’éternité à vivre en présence de notre Bien-aimé Jésus-Christ,  il y a une vie en abondance sur la terre que notre Seigneur a acquise à la Croix du calvaire pour nous. Et c’est pour la liberté qu’Il nous a affranchis ; pas pour que nous tombions sous la coupe de mercenaires qui se font passer pour des bergers mandatés.

Entrer dans l’obéissance au commandement du Seigneur (de faire de toutes les nations des disciples) est souvent bien loin de l’enseignement de ces méthodes qui ressemblent parfois plutôt à du démarchage commercial dans le but de placer un produit (l’évangile ou Jésus) de la meilleure façon qui soit sur le marché des denrées spirituelles. Et là, les initiateurs de ces méthodes ne lésinent pas sur les moyens de formations délivrés aux futurs commerciaux. Ils leur apprennent à bien connaître la clientèle, à cibler le marché, et à bien suivre l’évolution de la conjoncture (du genre comment présenter Jésus dans une époque « post moderne ») de façon à placer le produit au moment le plus opportun, de la meilleure façon qui soit pour répondre exactement aux besoins répertoriés par les études de marché commandées aux spécialistes de la question qui agissent souvent par sondages systématiques. Ajouté à cela, ils leur apprennent à fixer un prix modique (du genre « accepter Jésus c’est gratuit et peut rapporter gros ») qui puisse permettre à la marchandise d’être placée sans trop de difficultés sur un marché où il existe déjà beaucoup de produits censés répondre aux désirs des consommateurs en demande de spiritualité ou en pleine crise existentielle.

Certains, considérant en effet que nous sommes dans une période de post modernisme qu’ils qualifient de merveilleux défi ou d’opportunité exceptionnelle pour l’Eglise, n’hésitent pas à comparer  l’évangile à une marchandise quelconque qui a besoin de trouver preneur dans un monde en perte de repères. Paul n’a-t-il pas dit après tout que peu importe les motivations qui sous tendent l’annonce de l’évangile pourvu qu’il soit annoncé ? Oui certes ! Mais il a parlé de motivations, pas de façons ! Car la seule façon d’annoncer  l’évangile qui porte un fruit pour le royaume et qui demeure pour la vie éternelle, est celle qui place le pécheur face à sa responsabilité de telle sorte que pour être réconcilié avec Dieu, il ait besoin de connaître la conviction de péché que produit le St Esprit.

En ce qui me concerne personnellement, je n’ai pas eu de conviction de péché le jour où Jésus-Christ a fait son entrée dans ma vie alors que celle-ci était en pleine destruction (c’était après deux tentatives de suicide). Il est intervenu par Sa miséricorde et avec puissance pour restaurer ce qui en restait ; j’ai bénéficié à ce moment-là de Son amour, et de Son immense miséricorde. Ce qu’Il a fait pour agir dans ma vie a été vu par ma famille (non convertie à l’époque) et mes amis étudiants (puisque j’étais étudiante à l’époque) : c’était visible comme avait été visible l’état de déchéance profonde dans laquelle j’étais tombée. Et c’est seulement deux mois après cela, alors que j’avais continué ma vie en toute indépendance jouissant à pleine dents de la merveilleuse seconde chance qui se présentait devant moi, que j’ai eu une puissante et profonde conviction de péché en l’un des endroits les plus improbables qu’un chrétien puisse imaginer : sur la piste de danse d’une discothèque. Et c’est là que j’ai compris par une vision ouverte, le sens de Son intervention dans ma vie. Autant dire que cela ne s’est pas passé sans larmes versées sur mon péché dont j’étais tout à coup convaincue,  alors que le jour où Il était intervenu deux mois auparavant, je sais que j’avais prononcé des paroles de confession de foi que l’on m’avait dit de répéter et ce qu’Il avait fait pour me sortir de l’état où j’étais avait été un miracle visible incontestable. Mais je sais aussi que ce n’est pas à ce moment-là que je suis née d’en haut, mais bien ce jour plus tard où la repentance a jailli de mon cœur. Ce jour là, mon expérience ne se limitait plus au fait que Christ était venu à moi, mais que moi j’étais en Lui cela était manifeste. C’est là que j’ai commencé à vivre pour Dieu et de Sa vie.

Dès lors que l’on considère que la prédication de l’évangile est une question de vie ou de mort, on ne peut valablement envisager la chose sous son angle le plus réducteur. Lorsqu’il est question de vie éternelle, il ne peut s’agir d’une marchandise à placer à n’importe quel prix ; car dans ce cas, si on réussit à fourguer la « marchandise » aux « clients » en leur faisant croire que le paradis s’acquiert pour le prix de l’enfer, on porte une lourde responsabilité.

Prêcher l’évangile ne consiste pas à faire croître les églises en nombre d’âmes ou à y ramener les « baptisés ». Prêcher l’évangile du salut et de l’amour de Dieu a pour but de faire entrer les âmes perdues dans le royaume de Dieu, car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son Fils unique afin que quiconque croit ne périsse point mais qu’il ait la vie éternelle : c’est bien là une question de vie ou de mort tout en étant une question d’amour. Et la conversion aboutit forcément à une transformation intérieure qui se traduit souvent par un changement de mentalité et d’attitudes visibles à l’extérieur à plus ou moins long terme. Mais la plupart des méthodes en vogue actuellement mettent l’accent sur le fait de remplir les églises (que celles-ci obéissent ou non à la parole de Dieu). Et loin de clarifier l’évangile, elles entretiennent l’amalgame et le syncrétisme religieux dans le but d’élargir ou paver de roses le chemin que le Seigneur a déclaré étroit et resserré.

Ces méthodes « fast food » (ou mal bouffe) qui produisent inversement des chrétiens « slim fast » (ou légers sur la balance du Seigneur), construisent en effet des églises « Church drive » conçues selon le principe de la tour de Babel avec son principe de domination qui vise à conquérir le monde dans un esprit contraire à celui de l’Esprit de Dieu. Car il n’est pas mû par la compassion ou la souffrance suscitée par la vision du l’enfer et du jugement éternel réservés aux perdus, mais plutôt par un orgueil caractérisé par le désir de montrer qu’on est les plus forts et les plus beaux selon des critères auto définis de la bénédiction qui n’ont plus rien à voir avec les marques de la présence de Dieu qui reposaient sur l’église primitive.

Ces églises de type « Church drive » sont d’ailleurs remarquables par leur côté « supermarché » de la foi et du salut au rabais où chacun va prendre ce qui lui faut selon ses désirs du moment afin de tenir la semaine jusqu’au dimanche suivant. Les promotions et soldes en tout genre y vont bon train, jusqu’à se voir proposer une marche chrétienne sans aucun prix à payer (sans sacrifice et sans souffrance) sous prétexte qu’avec notre Seigneur tout est gratuit. Dès lors, il n’est pas étonnant que les clients soient nombreux, que les caddys soient pleins et que les propriétaires des Church drive s’enrichissent de plus en plus dans ce type de « commerce d’âmes d’hommes ». Seulement, il faut admettre que ces méthodes produisent des chrétiens charnels qui connaissent une obésité spirituelle de mauvais alois puisque mal nourris, ils ingurgitent du mauvais cholestérol qui ne sert de rien à leur organisme. Leur surcharge de mauvaise graisse (qu’ils prennent parfois pour de l’onction à cause d’une cécité spirituelle bien installée), les empêche de passer par la porte étroite qu’est notre Seigneur Jésus et le chemin resserré qu’est la  Croix.

Par ailleurs, on se rend compte que de nos jours les églises ont progressivement redéfini le rôle de « signe et présage » du chrétien au milieu d’un monde qui se perd. Dans le sens d’Esaïe 8, nous sommes appelés à être dans l’église et pour ce monde un signe prophétique. Pour l’église, un signe qui ramène les enfants de Dieu à la loi de Christ inscrite dans les cœurs et à la manifestation du témoignage de Jésus dans les vies (Esaïe 8/ 20 : « à la loi et au témoignage ! Si l’on ne parle pas ainsi, il n’y aura point d’aurore pour le peuple. ». Et pour ce monde, un signe prophétique qui montre aux perdus la direction et le chemin qu’est Jésus-Christ. Mais nous sommes aussi un présage : c’est-à-dire également une voix qui annonce clairement et sans compromis toute la Parole de Dieu, son royaume,  et le jugement à venir afin que tout homme fasse la différence entre le pêché qui conduit à la mort et la justification en Jésus-Christ qui conduit à la vie.

On se rend compte que les choses ont peu à peu changé pour nous mener à une conformité à ce siècle présent  dans une contradiction flagrante avec l’exhortation de l’apôtre Paul dans Romains 12/ 2. Il ne s’agit désormais plus trop d’être un instrument de confrontation voire de contradiction (ce qui arrive lorsque la lumière entre en contact avec les ténèbres) qui véhicule aux uns une odeur de vie et aux autres une odeur de mort (2 Corinthiens 2/ 14- 17 : « Mais loué soit Dieu, car il nous entraîne sans cesse dans le cortège de victoire du Christ. Par nous, il fait connaître le Christ en tout lieu, comme un parfum dont l’odeur se répand partout. Nous sommes en effet comme un parfum à l’odeur agréable offert par le Christ à Dieu ; nous le sommes pour ceux qui sont sur la voie du salut et pour ceux qui se perdent. Pour les uns c’est une odeur de mort qui mène à la mort ; pour les autres, c’est une odeur de vie qui mène à la vie. Qui donc est qualifié pour une telle mission ? Nous ne sommes pas comme tant d’autres qui se livrent au trafic de la parole de Dieu ; au contraire parce que c’est Dieu qui nous a envoyé, nous parlons avec sincérité en sa présence, en communion avec le Christ »).

Loin de cela, il s’agit maintenant plutôt (selon ce mouvement de conformité post moderniste), de s’intégrer ou se couler dans ce monde pour le persuader que nous ne sommes pas de dangereux martiens illuminés, mais que nous sommes bien comme tous nos contemporains à tous les points de vue en ayant juste la foi en Dieu en plus. Et nous pensons qu’ainsi, les gens nous voyant comme eux avec juste la bénédiction de Dieu en plus, auront soif de ce que nous avons et viendront s’ajouter à nous.

Le relativisme moral et religieux qui caractérise la pensée postmoderniste ambiante a comme ambition avouée ou non (ou tout du moins pour résultat), de fabriquer à plus ou moins long terme, des chrétiens fades et tièdes qui pourront facilement se fondre dans le monde en tentant de faire mentir cette parole du Seigneur rapportée en Jean 15 / 18- 19 : « Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. Si vous étiez du monde, le monde aimerait ce qui est à lui ; mais parce que vous n’êtes pas du monde, et que je vous ai choisis du milieu du monde, à cause de cela, le monde vous hait » .

Le problème qui surgit dès lors est de savoir comment nous pouvons être réellement des signes et des présages selon les critères de Dieu dans de telles conditions ? C’est-à-dire comment être des signes pour montrer la direction à des aveugles qui s’égarent si nous leur disons et leur montrons que nous avons la même visibilité ou vision qu’eux ? La parole de Dieu insiste sur le fait qu’un aveugle ne peut conduire un autre aveugle. Est-ce alors un mensonge pour les attraper dans nos filets ou les faire tomber dans les trous que nous creusons ?

Et si nous disions tout simplement la vérité : à savoir que sans Dieu ils sont égarés ! Nous aurions peut-être trop peur qu’ils rejettent l’évangile d’amour ! Comment dès lors donner du goût à un monde qui périt si nous-mêmes sommes aussi fades que ce monde ? A moins bien sûr que nous ne soyons différents et qu’il le sente : c’est en principe l’apport du sel que l’on mélange à la nourriture sans goût. Mais il est impossible que le monde le sente si nous-mêmes ne sentons pas que nous sommes du sel ou que nous avons du sel en nous-mêmes, et si le zèle du Seigneur pour les perdus ne nous dévore les entrailles. Le Seigneur Jésus a dit que toute offrande sera salée de feu (Marc 9/ 49- 59) : «En effet chacun sera salé de feu et toute offrande sera salée de sel. Le sel est une bonne chose ; mais si le sel perd son goût particulier, comment le lui rendrez-vous ? Ayez du sel en vous-mêmes et vivez en paix les uns avec les autres ».

Autrement dit, Dieu ne nous demande pas de partir en croisade avec la volonté affirmée de convertir les gens à nos convictions, théories ou façons de voir, mais de manifester dans le témoignage actif notre nouvelle nature en la laissant couler au travers de tous nos organes (et bien sûr la bouche en fait partie) là où Il nous a placés. Mais la lampe pourra-t-elle éclairer ceux qui sont dans les ténèbres si elle est encrassée ou si nous la mettons nous-mêmes sous le boisseau ? Ou encore le sel servira-t-il à quelque chose s’il a le même goût fade que la nourriture  à laquelle il est mélangé ? En fait, le sel et le feu sont la conséquence du travail de l’Esprit de Dieu en nous lorsque nous abandonnons toute notre vie propre sur l’autel. C’est en principe le culte raisonnable et minimum que Dieu attend de nous, mais qui conduit aussi à la non-conformité au monde qui nous entoure selon le même passage de Romains 12 déjà cité mais au verset 1 cette fois : « Frères, puisque Dieu a ainsi manifesté sa bonté pour nous, je vous exhorte à vous offrir vous-mêmes en sacrifice vivant réservé à Dieu et qui lui est agréable. C’est là le véritable culte que vous lui devez »Romains 12/ 2 : « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence… ».

Lorsque notre vie est consacrée sur l’autel, le Saint-Esprit déverse en notre sein du sel et du feu : c’est cela l’offrande salée de feu. Dieu vient nous donner du goût là où nous étions fades, et un feu nouveau pour annoncer la vérité quoi qu’il nous en coûte ; c’est le prix qui a été payé par certains pour que l’évangile parvienne jusqu’à nous. De nos jours et pour le moment encore dans notre pays il ne nous en coûtera que notre « vie propre » par le risque d’être pris pour des gens intègres (pour ne pas employer un terme par trop souvent dévoyé en ces temps troublés : intégriste) non intégrés dans le monde. Ne pas s’intégrer dans ce monde revient à ne pas se conformer au siècle présent.

Lorsque nous en venons à considérer que nous ne sommes pas des « martiens » pour le monde, c’est que le monde s’est déjà infiltré en nous. Lorsque Paul disait qu’il voulait se faire tout à tous, il savait très exactement « qui » il était et il agissait exactement comme Jésus qui s’asseyait avec les pêcheurs mais condamnait sans appel le pêché. Mais si nous avons peur de dire ou montrer au monde qu’un chrétien, bien que vivant dans le monde n’est pas du monde, nous ne pourrons vivre comme des chrétiens authentiques dans le monde pendant les jours mauvais. Car nous sommes déjà parvenus au temps où ceux qui se souillent se souillent de plus en plus et où le mal est appelé bien. Dans ces jours mauvais, la bouche des chrétiens fades (sans sel) commence déjà à se fermer, et les yeux des chrétiens tièdes (sans feu) se ferment également sur le pêché pour ne pas avoir à le dénoncer et encourir de ce fait le rejet qui s’attache inexorablement à cette prise de position.

Le défi est grand et déjà là, sur des questions de société comme l’homosexualité où certains chrétiens qui s’expriment sur le sujet n’annoncent pas tout le conseil de Dieu, brouillant ainsi les pistes et courbant ce faisant l’échine sous un lourd manteau d’humanisme qu’ils prennent pour un mandat de Dieu d’avoir à être une trompette chrétienne dans le monde. Si c’était réellement le cas, ils devraient déclarer au monde ce qui est sur le cœur de Dieu à ce sujet, et non pas s’aligner sur le cœur du monde pour demander à Dieu d’adapter Sa parole à l’évolution des mœurs sous prétexte d’une tolérance humaniste qui n’a rien à voir avec la vraie compassion. Car la compassion qui coule du cœur de Dieu est celle qui n’a de cesse de voir le pécheur libéré de son esclavage ; elle ne s’embarrasse pas du qu’en dira t-on et des souffrances à endurer du fait d’avoir à dénoncer le mal pour ce qu’il est et quelle que soit la façon dont ce mal est apparu dans la vie du pécheur.

S’il est des sujets que la Parole de Dieu n’aborde pas clairement, il en existe d’autres sur lesquels elle ne nous place pas en situation de mutisme. Il est impossible d’apporter la paix de Christ au monde en lui voilant le diagnostique du ciel sur l’état de son cœur. On ne peut appeler le péché faute, erreur ou responsabilité des autres en espérant voir les gens trouver la paix. Il n’y a qu’une chose qui libère pour nous la paix de Christ, et c’est l’effusion du sang de l’Agneau immolé comme une conséquence du pardon qui succède à la repentance. Or, sans conviction de « péché », il n’y a pas de repentance possible ; sans repentance pas d’effusion de sang ; sans effusion de sang pas de pardon, et sans pardon pas de paix possible ! Nous en rendons-nous compte ? Mais parfois nous agissons comme si nous voulions empêcher les gens de toucher à cette clé libératrice de la « conviction de péché ». Et cela parce que le monde trouve la notion de « péché » culpabilisatrice. Alors que faire ? Allons-nous donner des leçons au Seigneur au prétexte qu’il s’est trompé de notion puisque le monde a évolué ?

Nous avons en tant que chrétiens une obligation d’amour envers nos prochains, qui ne trouve sa force et son contexte que dans l’obligation de vérité qui l’enveloppe. Mais ne nous méprenons pas et ne nous illusionnons pas, si notre façon d’aborder notre positionnement dans le monde évolue dans le sens du conformisme à ce monde, beaucoup d’inconvertis se joindront aux chrétiens parce que des croyants réussiront réellement à leur donner soif. Mais malheureusement la plupart du temps ces nouveaux entrants n’auront pas eu soif de la bonne chose : ils viendront souvent avec la soif de ce que nous « avons », et pas forcément de ce que nous « sommes ». C’est là une grande nuance à considérer. En fait si nous sommes le sel de la terre, les hommes viendront à Christ parce qu’ils auront soif d’être ce que nous sommes : « des enfants de Dieu » et aussi d’être étanchés dans leur soif par l’eau qui coule en nous et au travers de nous. Car le sel donne soif et Jésus a dit que des fleuves d’eau vive jailliraient du sein de ceux qui lui appartiennent ; et Il nous a aussi mandatés pour donner nous-mêmes à manger aux foules languissantes, c’est dire qu’il a mis en nous tout ce qui est nécessaire pour cela. Par contre si nous nous engageons dans des œuvres dans le but de leur montrer qu’avec notre Dieu ils ont tout à gagner parce que c’est mieux que sans (par exemple qu’Il est la solution à tous leurs soucis du quotidien, en évitant soigneusement de parler du mot qui fâche : le péché), ils auront forcément soif de ce que nous avons. Et ainsi, ils nous suivront dans nos communautés pour recevoir ce que nous leur aurons promis. Mais sera-ce toujours ce que Dieu aura réellement promis dans sa Parole ?

Je me souviens d’une lointaine réunion de prière où une personne partageait une pensée qu’elle disait recevoir : elle disait que le Seigneur lui montrait qu’Il voulait que l’assemblée soit accueillante et ouverte sur le monde comme un lieu où les gens viendraient se servir et prendre ce qu’il leur plairait de prendre sans contrainte aucune et sans jugement d’aucune sorte. Ils prendraient selon leurs besoins; il fallait laisser faire car telle était la nature de l’amour de notre Dieu. En outre selon cette parole, la communauté en question devait être un lieu de passage et de ressourcement sans obligation pour les gens, ni nécessité pour eux de s’engager vis-à-vis de Dieu. Bien qu’il soit juste de penser que la bénédiction de Dieu n’est pas forcément fonction de notre engagement, puisqu’Il fait pleuvoir sur les justes et les injustes, quelque chose m’avait profondément gênée dans cette parole sans que je sache quoi exactement. Mais à partir de ce moment-là, l’Esprit de Dieu a commencé d’être attristé en moi ; quelque chose ne collait pas. Le laisser-faire prôné dans cette parole, était sous tendu par une fausse doctrine de grâce qui a  d’ailleurs entraîné plus tard un jugement de Dieu sur cette communauté qui avait connu une forte croissance numérique en peu de temps, au point où ses dirigeants pouvaient être enviés pour ce qui  semblait être une bénédiction. Mais nous ne devons pas oublier que le Dieu de grâce est aussi un Dieu de sainteté. Dieu ne nous oblige en rien, cela est vrai : nous ne sommes pas obligés de nous engager avec Lui (il peut bénir même ceux qui ne lui appartiennent pas comme les lépreux purifiés qui n’étaient pas revenus vers Jésus : et je sais de quoi je parle moi qui dans ma détresse ai bénéficié de la miséricorde du Seigneur qui n’avait pas attendu que je m’engage concrètement avec Lui pour intervenir avec éclat dans ma vie). Mais il est faux de prétendre que notre relation avec Dieu ne contient pas d’obligations. En fait cette relation a la nature d’un engagement d’amour. C’est comme tout engagement d’amour qui renferme des obligations, sinon il ne s’agirait pas d’une relation d’amour mais d’adultère car il n’y a que ce  type de relation qui ne génère pas d’obligations. Reste à savoir si notre cœur est entier pour Dieu ou adultère à la manière de ce que dénonce Jacques dans son épître Chapitre 4 versets 4 et5 : « Adultères que vous êtes ! Ne savez-vous pas que l’amour du monde est inimitié contre Dieu ? Celui donc qui veut être ami du monde se rend ennemi de Dieu. Croyez-vous que l’écriture parle en vain ? C’est avec jalousie que Dieu chérit l’Esprit qu’il a fait habiter en nous ». De même, l’apôtre Paul dira aux Corinthiens : « Car je suis jaloux de vous d’une jalousie de Dieu parce que je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure ». Aussi, avec Dieu il ne sera jamais question (comme en matière d’adultère) de venir prendre ce qu’on veut ou ce qu’on désire, mais seulement ce que Lui à prévu de nous donner dans son amour et qui est de loin ce dont nous avons « besoin ». La prière enseignée par notre Seigneur ne dit-elle pas (Matthieu 6) « Car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez » ?

Je me souviens d’une vision que j’avais reçue une fois à cette même époque mais un peu plus tard. Je voyais des gens entrer dans un grand hangar, ils prenaient des choses qui étaient entreposées un peu partout sur des étagères, puis ils repartaient une fois qu’ils avaient pris ce qu’ils avaient choisi de prendre. Ils étaient tellement occupés à se servir eux-mêmes qu’ils ne voyaient pas une belle table qui était dressée au milieu du hangar. Sur cette table, il y avait des plats délicieux et des couverts bien mis ; et le Seigneur me disait : « mes enfants sont tellement occupés à regarder vers les choses futiles dont ils n’ont aucun besoin qu’ils ne voient même pas ce que j’ai mis de côté pour eux avec précision et délicatesse ». Et c’est vrai que chaque couvert était dressé de façon minutieuse et il semblait que chaque plat était composé de ce dont chacun avait besoin et pas autre chose et cela semblait si copieux ! Et le Seigneur me disait aussi que Lui savait exactement ce dont nous avions besoin mieux que nous-mêmes, mais nous avions délaissé la table préparée pour nous tourner vers nos désirs futiles et égoïstes. Dans cette vision, on retrouve cette notion d’œuvres préparées d’avance que nos yeux ne voient pas parce qu’ils sont occupés à regarder ailleurs pour satisfaire nos convoitises charnelles.

Extrait du livre : « Entrer dans le repos des oeuvres divines »

 

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